Le 13 octobre a marqué l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu parrainé par le président Donald Trump, suscitant des émotions mitigées : une immense joie lors de la libération des derniers otages survivants, mais aussi une profonde tristesse pour les familles qui attendent toujours le retour des corps de leurs proches.
Par Tania Tisser Beyda
Cependant, la réaction du public aux événements a révélé que ce qui se passait dans les rues n'était pas simplement une clameur en faveur d'une trêve humanitaire : la rhétorique continuait de renforcer des slogans qui évoquent la suppression de l'État d'Israël, tels que le cri «Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre« Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre », proclamaient-ils, et des discours empreints d’antisémitisme étaient diffusés. Il devint ainsi évident que la mobilisation populaire ne reposait ni sur la compassion pour les civils palestiniens ni sur la recherche d’une aide humanitaire, mais sur un objectif politique plus radical : nier la légitimité de l’État d’Israël et du peuple juif lui-même.
Cette distorsion des objectifs permet de comprendre pourquoi, contrairement aux atrocités et massacres génocidaires perpétrés en Turquie, en Irak, au Rwanda, à Srebrenica et au Kosovo, qui ont suscité l'indignation et la condamnation internationales, le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 a provoqué une réaction différente. Caractérisée par des violences, des abus sexuels, des exécutions et des prises d'otages, cette attaque a été justifiée, voire célébrée, dans les universités occidentales et lors de manifestations pro-palestiniennes dans les villes américaines et européennes. Ces manifestations de soutien ont renforcé la légitimité internationale du Hamas, consolidé son emprise sur le pouvoir et nui au prestige mondial d'Israël, à son effort de guerre et à la sécurité des otages.
Comprendre cette situation inédite exige de reconnaître que le conflit israélo-palestinien dépasse le cadre militaire, puisqu'une bataille parallèle se joue sur le terrain symbolique de la communication et de la manipulation idéologique. De tout temps, la propagande a façonné les opinions, renforcé les idéologies et justifié la violence. L'analyse des campagnes de propagande antisémite du régime nazi et de la propagande antisioniste et antisémite du Hamas révèle des mécanismes similaires, malgré des contextes historiques, politiques et géographiques distincts. Ces deux discours déshumanisent l'« autre », construisent un récit moral dichotomique et diffusent la peur et la haine comme instruments de mobilisation sociale et politique.
Le Hamas a remporté des victoires décisives dans la guerre de propagande en influençant l'opinion publique internationale et en affaiblissant le soutien institutionnel et gouvernemental à Israël. Ses actions vont de la production de contenu sur le champ de bataille à la mobilisation de la société civile et aux batailles juridiques.
Le ministère de la Propagande et ses tentacules
La stratégie du Hamas repose sur un contexte de montée de l'antisionisme et de l'antisémitisme, ainsi que sur un réseau de soutien idéologique et politique profondément enraciné en Occident. Ce réseau comprend notamment le Comité de solidarité avec la Palestine, Students for Justice in Palestine (SJP), le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et le Boycott académique palestinien d'Israël. Ces organisations constituent le réseau pro-palestinien le plus important sur les campus universitaires, au sein de la société américaine et dans ses antennes en Europe et en Océanie. Elles ont alimenté la prolifération et la diffusion de fausses informations et d'accusations concernant Israël et ses objectifs de guerre, et ont amplifié la diffusion de contenus produits par le Hamas à Gaza.
À l'instar du ministère de la Propagande du Troisième Reich dirigé par Joseph Goebbels, le Hamas a mis en place un puissant appareil de communication piloté par Abou Obeida, porte-parole des Brigades Izz ad-Din al-Qassam, sa branche armée. Selon le journaliste israélien Doron Kadosh, ce dispositif, impliquant environ 1 500 militants spécialisés, est l'un des plus importants jamais déployés par une organisation terroriste en matière de communication, d'influence et de terrorisme psychologique.
Ce dispositif, mis en place et étendu à partir de 2014, intègre tous les bataillons et brigades de l'organisation, chacun disposant d'un responsable de la communication et d'une équipe de tournage, de documentation et de montage. Les équipes se rendent sur le terrain équipées de caméras GoPro et transmettent des images en temps réel aux cellules médias. Abou Obeida était convaincu que la documentation primait sur l'action elle-même : même une opération ratée pouvait être perçue comme un succès psychologique si elle était bien documentée. Des centaines de journalistes surveillaient les communications israéliennes et analysaient le discours public, suggérant des actions à fort impact psychologique. Ce même réseau a produit les vidéos des otages, choisissant les prisonniers, les dialogues et les méthodes de diffusion, sous la direction directe d'Abou Obeida.
Lors des cérémonies de libération des otages prévues par l'accord de novembre 2024, Abou Obeida était présent et a donné des instructions en hébreu aux captifs avant la reconstitution publique. C'est lui qui a eu l'idée des « certificats de libération » et des cadeaux symboliques. Par la suite, Obeida a mené une campagne de terreur psychologique axée sur la question des otages afin de créer une pression populaire et gouvernementale en Israël et de dissuader les forces israéliennes d'entrer dans la ville de Gaza. Abou Obeida a été tué après trois tentatives de capture infructueuses, alors qu'il se cachait avec les otages.
Stratégies et tactiques héritées
À l'instar du régime nazi, le Hamas construit l'image d'un ennemi absolu : le sioniste, envahisseur cruel et génocidaire. Cette représentation, considérée comme la source de tous les maux, engendre une polarisation extrême et justifie la violence comme mécanisme de survie ou de rédemption. Le groupe instrumentalise également le statut de victime du peuple palestinien, présenté comme opprimé et soumis. Et, comme dans l'Allemagne du Troisième Reich, il se sert de ce récit pour justifier des actes de violence et exonérer les agresseurs de toute responsabilité morale.
Les méthodes suivent le même schéma : simplification du discours, appel aux émotions, répétition incessante de slogans, utilisation d'enfants dans les supports de propagande et exclusion des complexités historiques et politiques.
Depuis le début du conflit, le groupe djihadiste exploite le tumulte provoqué par les images de souffrance à Gaza, tout en restreignant l'accès de la presse aux lieux révélant ses actions militaires. En contrôlant le récit visuel et émotionnel, il se présente comme une victime, même après avoir perpétré des actes d'une extrême violence contre des civils israéliens. Cette manipulation est amplifiée par les médias occidentaux, qui omettent souvent de vérifier les faits ou évitent de le qualifier d'organisation terroriste, contribuant ainsi à affaiblir la légitimité d'Israël.
Cette hégémonie narrative se révèle particulièrement efficace auprès des jeunes militants de gauche occidentaux et dans les milieux universitaires. Le Hamas apparaît comme un symbole de résistance anticoloniale, tandis qu'Israël est dépeint comme un État oppressif, alimentant une vague croissante d'israélophobie et d'antisémitisme masquée sous couvert de solidarité avec la cause palestinienne. Dans ce contexte, l'organisation qui gouverne Gaza remporte une victoire symbolique : plus les souffrances sont grandes à Gaza – même si elles sont causées par sa propre stratégie militaire – plus le groupe est perçu comme un héros de la cause anti-impérialiste mondiale.
La stratégie de communication du Hamas adapte son message à deux publics distincts : le monde arabo-musulman et l’Occident. En se définissant comme une organisation de « résistance » religieuse, il justifie ses attaques, comme celle du 7 octobre, par des principes islamiques. Jihad, perçue comme une opposition à la souveraineté juive dans Dar el Islam (territoire de l'Islam, où la loi islamique ou Sharia (s'applique), comme clairement établi dans son Pacte de 1988.
La stratégie de « marketing religieux » de l'organisation rappelle celle d'Hitler, qui consistait à projeter l'image d'un avenir sans Juifs ni État d'Israël. Elle s'inscrit dans la lignée d'Hajj Amin al-Husseini (1895-1974), figure centrale du nationalisme arabo-palestinien et chef religieux et politique, ainsi que des Frères musulmans, en accusant les Juifs de vouloir contrôler l'esplanade des Mosquées. Par ce symbolisme idéologico-religieux, elle justifie sa vision de l'avenir. Cette tactique a marqué l'« Intifada d'Al-Aqsa » en 2000, orchestrée par l'Autorité palestinienne, et a refait surface lors du massacre d'« Al-Aqsa Flood » le 7 octobre 2023.
Les dirigeants palestiniens confortent ce discours. Le 10 octobre 2023, Khaled Mashal, également membre du bureau politique du Hamas, a appelé tous les musulmans à rejoindre le combat « pour verser leur sang pur sur la terre de Palestine », déclarant que lorsque « le monde, les États-Unis, l’Occident et les sionistes verront les convois de… » moudjahidin « Les combattants de la foi en route vers la Palestine, le champ de bataille et l’équilibre des forces allaient changer. » En décembre 2023, Fathi Hamad, membre du bureau politique du Hamas et ancien ministre de l’Intérieur, a déclaré sur la chaîne Al-Aqsa que les Palestiniens se préparaient à établir un califat islamique avec Jérusalem pour capitale. Le Hamas cherche à convaincre le monde arabe qu’il agit de manière éthique et conformément aux préceptes islamiques, contrairement à la brutalité attribuée à Daech, et cherche ainsi à se légitimer en tant qu’acteur politique et militaire dans la région.
Pour l'Occident, le groupe se présente comme un « mouvement de liberté » opposé à un régime « colonialiste oppressif ». Ce discours façonne non seulement l'opinion publique, mais influence aussi la perception mondiale du conflit. En présentant ses combattants comme les défenseurs d'une cause juste et humanitaire, il cherche à consolider son soutien et à neutraliser les critiques, même face à des actes de violence. Ce faisant, il perpétue l'héritage d'Hitler, où le pouvoir du récit transforme les actes terroristes en actes prétendument justifiables et fait porter le chapeau aux victimes.
À l'instar de l'Allemagne du Troisième Reich, le Hamas et l'Autorité palestinienne encouragent l'endoctrinement des enfants dans les écoles des territoires qu'ils contrôlent. L'ONG IMPACT-se, organisation à but non lucratif qui étudie comment différents pays éduquent les jeunes aux religions, aux sociétés, aux cultures, aux valeurs démocratiques et à la notion d'Autre (leurs voisins, les minorités, voire leurs ennemis), a analysé en 2009 le site web Al-Fateh, un magazine numérique pour enfants lié au Hamas.
Le rapport conclut que le contenu du site web diffusait l'idéologie du groupe par la propagande, l'endoctrinement et l'incitation à la violence. Le message politique central prônait la destruction d'Israël et la création d'un État islamique à sa place, ainsi que la promotion… JihadCe site web promeut le martyre et le terrorisme comme des formes légitimes de lutte. Il prépare les enfants à devenir des kamikazes et des martyrs, les transformant en instruments dans la lutte contre Israël. Voici quelques exemples de textes antisémites qui propagent la haine et la violence, extraits de ce magazine :
« Partout dans le monde, les musulmans et leurs enfants sont victimes d’une injustice criante : dans la Palestine bien-aimée et emprisonnée, dans l’Afghanistan meurtri, au Cachemire, en Tchétchénie et dans d’autres régions du monde contrôlées par la plus méprisable des créatures de Dieu : les Juifs et leurs agents dans l’Amérique en croisade. » (Numéro 4, décembre 2002).
"...Je parle des Juifs et des croisés, qui reçoivent des Juifs l'ordre de remplir leurs cœurs d'une haine sainte envers ce peuple méprisable, et de transmettre cette haine à leurs enfants et petits-enfants, jusqu'à l'heure de la vengeance, qui sera des plus terribles." (Numéro 30, juin 2004).
« Al-Quds (Jérusalem) restera un héritage entre nos mains et entre celles de tous les musulmans, et ils doivent s’unir et se rassembler pour sa libération et la libération de la terre de Palestine de l’impureté des sionistes, descendants de singes et de porcs. » (Numéro 129, août 2008).
Un rapport d'IMPACT-se, publié en novembre 2024, portant sur les pratiques éducatives dans les écoles de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) durant l'année scolaire 2023-24, a confirmé les liens entre la direction de ces écoles et des membres du Hamas. Le document a révélé que douze administrateurs de l'UNRWA étaient membres du Hamas ou du Jihad islamique palestinien. L'analyse a actualisé les conclusions des rapports précédents en examinant les contenus produits et enseignés dans les écoles de l'UNRWA et les programmes scolaires de l'Autorité palestinienne, identifiant ainsi des documents qui glorifient la violence, incitent à l'antisémitisme et nient la reconnaissance d'Israël. Des textes faisant l'éloge du martyre et… Jihad comme "les significations les plus importantes de la vieCe document nie à plusieurs reprises l'existence d'Israël, utilisant des cartes qui désignent tout le territoire israélien comme « Palestine » et présentant des exercices de grammaire et de compréhension qui diffament les Israéliens et encouragent le conflit.
Guerre juridique visant à délégitimer Israël.
Afin de légitimer la cause palestinienne et de délégitimer Israël auprès de la communauté internationale, le Hamas tire également profit de la « guerre juridique » initiée par l'OLP dans les années 1970 et poursuivie par l'Autorité palestinienne depuis 2009. Cette stratégie comprend des requêtes internationales déposées devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour pénale internationale (CPI) et l'ONU. En 1974, Arafat, alors président de l'OLP – considérée à l'époque comme une organisation terroriste – s'est adressé à l'Assemblée générale des Nations Unies en session plénière avec le soutien de l'Union soviétique et de ses alliés. L’année suivante, les blocs soviétique, communiste, arabe et du tiers monde approuvèrent la résolution 3379 de l’ONU, qui déclarait le sionisme une forme de racisme, une résolution qui ne fut abrogée qu’en 1991. Malgré cela, dans une campagne croissante de « conditionnement linguistique », l’Autorité palestinienne a délégitimé l’histoire juive, ses racines sur cette terre et son droit à l’autodétermination – un discours que le Hamas et les mouvements pro-palestiniens ont repris depuis le 7 octobre 2023.
En décembre 2023, l'Afrique du Sud, cherchant à soutenir le Hamas et s'alliant à son parrain militaire, l'Iran, a porté plainte devant la Cour pénale internationale (CPI), accusant Israël de génocide. Cette accusation illustre la tactique d'« inversion de l'Holocauste » employée depuis des décennies par l'Autorité palestinienne contre l'État d'Israël. En mai 2024, le procureur général de la CPI, Karim Khan, a requis des mandats d'arrêt contre des dirigeants israéliens et du Hamas, les accusant tous deux de crimes de guerre. Ces procédures démontrent, d'une part, comment la rhétorique anti-israélienne prônée par les dirigeants de l'Autorité palestinienne a pénétré les plus hautes juridictions internationales et, d'autre part, comment le Hamas et Israël sont désormais mis sur un pied d'égalité, alors même qu'ils représentent respectivement une organisation terroriste et un État démocratique.
Récits visant à délégitimer Israël
Au sein de la société civile, la croisade des mouvements pro-palestiniens a isolé Israël sur la scène internationale et favorisé sa délégitimation, ouvrant la voie aux tentatives de légitimation du massacre perpétré le 7 octobre 2023. Le groupe terroriste a trouvé des soutiens fidèles parmi les publics d'extrême gauche en Occident grâce aux campagnes et manifestations du BDS et d'autres institutions pro-palestiniennes. Ces organisations ont cherché à justifier la violence du Hamas par des discours présentant les Juifs comme des colonisateurs et des racistes. Le BDS a intégré à sa propagande antisémite l'affirmation selon laquelle les Juifs ne sont pas originaires d'Israël mais appartiennent à une « classe d'oppresseurs blancs », et que le sionisme représente un « colonialisme de peuplement » et un « apartheid ». Ces mouvements ont commencé à présenter les actes terroristes comme une « résistance à l'occupation » lors de manifestations de rue, sur les campus universitaires et sur les réseaux sociaux.
Ces discours ne sont pas nouveaux. De 2015 à 2020, alors qu'il était secrétaire général de l'Autorité palestinienne, Saeb Erekat est devenu l'un des représentants palestiniens les plus influents sur les réseaux sociaux, publiant presque quotidiennement en arabe et en anglais. Dans ses discours, interviews, publications et réunions, il a lancé des accusations générales et mensongères contre Israël et ses dirigeants, telles que : « … »colonialisme, apartheid, nettoyage ethnique, occupation illégale e politique des colonies illégitimesCes termes, appliqués à Israël sur la base de distorsions juridiques et factuelles, ont perdu leur contexte historique initial pour servir de mots-clés à une délégitimation morale. Ce processus rappelle le langage bureaucratique employé par les nazis pour justifier la persécution des Juifs. Il implique le recours à un jargon comme outil de propagande visant à déshumaniser l'autre sous une apparente neutralité technique. Parmi ces termes, les suivants se distinguent :
Apartheid: Ce récit tente d'établir un parallèle entre Israël et la politique de ségrégation raciale et d'oppression institutionnalisée en Afrique du Sud (de 1948 à 1994). Sous ce régime, plusieurs lois niaient les droits fondamentaux des populations non blanches et garantissaient le contrôle politique, économique et juridique de la minorité blanche. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale des Nations Unies définit l'« apartheid » comme « tout acte inhumain analogue à [l'extermination, la torture, le viol, les agressions sexuelles, la déportation ou le transfert forcé d'une population], commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression et de domination systématiques d'un groupe racial sur un ou plusieurs autres groupes nationaux et dans l'intention de maintenir ce régime ».
Israël ne correspond pas à cette définition, car il n'est pas composé d'un seul groupe racial et ne commet aucun des crimes graves décrits dans le Statut. Ses lois s'appliquent à tous les citoyens, sans distinction de race, de religion ou de sexe. Environ 21 % de la population israélienne est constituée d'Arabes israéliens, pleinement intégrés à la société et occupant des postes importants dans divers secteurs, notamment dans la médecine, la technologie, l'éducation, la communication, la justice, le gouvernement et la Knesset (Parlement israélien).
Le discours sur « l’apartheid » vise à délégitimer Israël en tant qu’État membre de la communauté internationale et à plaider pour sa dissolution et son remplacement, comme l’illustre le régime sud-africain.
Colonialisme: Accuser Israël de colonialisme, même sans fondement, diffame le pays en l'associant à un phénomène universellement condamné, en le présentant comme un régime qui devrait être déclaré illégal et en contribuant à un discours de délégitimation. Dans la région, seuls les Ottomans (de 1517 à 1917) et les Britanniques (de 1917 à 1948) ont été des colonisateurs. Les sionistes du XIXe siècle, venus d'Europe et des pays arabes pour rejoindre la population juive déjà établie, n'ont jamais été considérés comme des « colonialistes ». Aucune population ethnique retournant sur sa terre ancestrale ne peut se voir attribuer cette étiquette. Israël n'est pas non plus un « État colonialiste blanc », puisque plus de la moitié des Israéliens sont considérés comme « non blancs » : d'origine non européenne et appartenant à une grande diversité ethnique. Historiquement, les Juifs européens n'ont jamais été considérés comme « blancs » par leurs voisins arabes, mais simplement comme « Juifs ».
Territoires palestiniens occupés (TPO) : Cette expression, adoptée comme terminologie officielle de l'ONU depuis les années 1970, a été largement employée dans les résolutions et les rapports. Elle est dépourvue de tout fondement juridique, historique ou factuel. Aucune résolution contraignante de l'ONU, ni aucun accord ou arrangement entre les parties impliquées dans le processus de négociation de paix, ne permet de déterminer que ces territoires sont palestiniens, qu'ils appartiennent aux Palestiniens ou qu'ils ont fait partie d'une quelconque entité palestinienne souveraine – une entité qui n'a jamais existé.
Le terme « occupation » est juridiquement reconnu en droit international des conflits armés. Il désigne une situation juridique admise, à laquelle le droit international humanitaire consacre diverses conventions et normes qui définissent les comportements attendus de la puissance occupante et de la population occupée. Les occupations existent – et ont toujours existé –, mais l’utilisation péjorative de ce terme, visant exclusivement Israël, déforme la réalité et ignore le fait que le droit international ne définit pas ces territoires comme palestiniens et ne leur reconnaît pas l’appartenance à la souveraineté palestinienne.
Blocus illégal de Gaza : Fréquemment employé dans les rapports et résolutions de l'ONU et par les propagandistes palestiniens, ce terme est erroné et vise à renforcer l'idée qu'Israël viole systématiquement le droit maritime international. En 2010, suite à un incident avec une flottille turque, une commission d'enquête de l'ONU, présidée par Sir Geoffrey Palmer, ancien Premier ministre néo-zélandais, a conclu que le blocus maritime israélien constituait une mesure de sécurité légitime, pleinement justifiée compte tenu du caractère terroriste du régime du Hamas à Gaza.
Violence disproportionnée : Cette accusation ressurgit systématiquement lorsqu'Israël se défend contre des attaques massives sur son territoire, des tentatives de violation de ses frontières ou des infiltrations. Ces allégations manipulatrices, souvent accompagnées de stéréotypes tels que « meurtre d'enfants », trouvent inévitablement un écho auprès de certains secteurs de la communauté internationale, dans les médias et au sein d'organisations comme l'ONU, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies et de nombreuses organisations gouvernementales et non gouvernementales œuvrant pour la défense des droits humains. Ces entités cherchent à imposer à Israël des normes qui ne sont appliquées à aucun autre pays confronté à des agressions similaires.
Le principe juridique de proportionnalité n'implique pas que le nombre de victimes de part et d'autre doive être similaire, mais s'attache à déterminer si les civils sont des cibles intentionnelles des attaques – comme ce fut le cas pour les civils israéliens le 7 octobre 2023 – ou s'ils résultent, ou non, d'attaques contre des cibles militaires légitimes. Conformément à l'article 57 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, une attaque peut être considérée comme légitime même si elle entraîne des pertes civiles, à condition que les cibles présentent un avantage militaire significatif. Les Forces de défense israéliennes (FDI) mettent systématiquement en œuvre des mesures visant à minimiser les pertes civiles, notamment en renonçant à l'effet de surprise et en informant préalablement la population des évacuations temporaires des zones de combat.
Génocide: Les actions de défense d'Israël ont été qualifiées à tort de génocide, banalisant ainsi la portée juridique du terme. La Convention des Nations Unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, établie en réponse à l'Holocauste, définit le génocide comme l'intention avérée de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique ou religieux, par des actes tels que le meurtre, les actes entraînant des blessures graves, l'imposition de conditions de naissance destructives ou entravantes, ou le transfert forcé d'enfants. L'accusation de « nettoyage ethnique » a également été utilisée à tort contre Israël. Ce terme, initialement associé à des pratiques officiellement cautionnées par le gouvernement yougoslave dans les années 1990 contre sa population musulmane, a également été employé dans certains contextes en Afrique.
Contrairement au Hamas, qui cible délibérément les civils, Israël n'a pas l'intention délibérée de commettre de tels crimes contre la population civile de Gaza. Les Forces de défense israéliennes sélectionnent chirurgicalement leurs cibles militaires, adaptent la puissance de leurs armes et mènent des campagnes d'alerte précoce pour l'évacuation des civils – plus de 150 000 appels ont déjà été passés et plus de 10 millions de tracts distribués dans ce conflit. Le slogan pro-palestinien « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » exprime clairement une revendication de nettoyage ethnique juif.
Israël fait également face à des accusations infondées d'utiliser la famine comme arme de guerre. En cas de conflit, l'aide humanitaire relève de la responsabilité institutionnelle de l'ONU. Afin de pallier les carences logistiques de l'organisation, Israël et les États-Unis ont créé la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), qui assure la distribution directe de vivres et de fournitures à la population. Israël a déjà facilité l'entrée de plus de 100 000 camions de ravitaillement, installé 13 hôpitaux de campagne, maintenu le fonctionnement de 12 boulangeries et réparé les canalisations d'eau endommagées par le Hamas. Ces actions démontrent l'absence d'intention de génocide. Malgré cela, des sources liées au Hamas diffusent des images manipulées de prétendue malnutrition, montrant souvent des enfants malades aux côtés de membres de leur famille bien nourris. Certains médias diffusent ces images sans vérification des faits, ignorant les données officielles et omettant de demander des comptes au Hamas pour les conditions inhumaines imposées aux otages israéliens, conditions pourtant bien visibles sur les images rendues publiques par le groupe.
Ces récits présentent Israël comme la seule cible, lui niant le droit internationalement reconnu de défendre ses frontières, ses villes, ses villages et ses citoyens. Ce déni renforce la connotation négative et tente de délégitimer Israël sur la scène internationale. Cet ensemble de récits, empreints de préjugés et utilisés pour dépeindre Israël comme un pays violant les normes internationales, vise à criminaliser et à exclure le pays de la communauté des États civilisés.
L'amplification de ces généralisations et diffamations contre l'État juif, associée à l'utilisation de stéréotypes, alimente l'antisionisme, l'antisémitisme et l'israélophobie, en blâmant tous les Juifs – quelle que soit leur citoyenneté – pour des actes légitimes de défense d'un pays.
Le déni, malgré les preuves
Alors que le Troisième Reich s'efforçait de dissimuler ses atrocités – au point que de nouvelles vagues de déportés croyaient, jusqu'au dernier moment, qu'ils allaient simplement « prendre une douche » avant d'être conduits aux chambres à gaz –, le Hamas a diffusé, quasiment en temps réel, les crimes commis le 7 octobre. Les assassins ont filmé leurs actes odieux à l'aide de caméras GoPro fixées sur eux et sur leurs motos, et ont fièrement diffusé des vidéos et des témoignages sur leurs réseaux sociaux et ceux de leurs victimes, atteignant ainsi leurs familles et celles des personnes massacrées. Ils ont ainsi constitué un ensemble de preuves irréfutables, répandues dans le monde virtuel, qui ont provoqué l'indignation et la condamnation internationales dans les jours qui ont suivi le pogrom. Mais l'attention mondiale s'est rapidement dissipée : le monde a choisi d'oublier, de nier, voire de remettre en question la véracité de ces preuves.
Des organisations telles que l'ONU, le Comité international de la Croix-Rouge, Amnesty International, les mouvements féministes et diverses entités humanitaires sont restées silencieuses, ont nié ou ont finalement censuré la réaction d'Israël face à la tentative de protéger sa population. Comme l'a observé le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy : « Le pogrom, qui a frappé la conscience mondiale comme un éclair, était relégué au rang de “détail”, au cœur d'un conflit ancien et insoluble où les deux camps étaient également coupables. Et la planète entière a tenté d'oublier que, quelques mois, semaines ou jours auparavant, elle avait oscillé sur son axe, vu les portes de l'enfer s'ouvrir et entendu le cri qui, dans la chambre d'écho des siècles, est le son de la terreur humaine face au mal absolu. »
Ce processus de déni, de relativisation ou d'inversion des faits n'est pas un phénomène isolé. Il s'inscrit dans une sombre tradition où la manipulation narrative transforme les victimes en coupables et les crimes en simples « conflits ». Comme par le passé, la distorsion délibérée de la réalité ouvre la voie à la banalisation de la violence et à l'érosion du sens moral collectif.
C’est à ce stade que l’histoire récente rejoint celle du XXe siècle, lorsque les mots, instrumentalisés par les idéologies, ont ouvert la voie à des atrocités d’une ampleur inimaginable.
Tânia Tisser Beyda est consultante en gestion d'entreprise, docteure et master en administration et architecte.
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